Le FMI relance les pays du Maghreb pour accélérer leur intégration

sam, 2019-02-16 10:02

Le Matin - L’intégration économique du Maghreb : une source de croissance inexploitée. Tel est le titre d’un nouveau rapport du FMI, qui rappelle le manque à gagner de la non-intégration maghrébine et appelle les pays de la région à accélérer ce chantier pour le bien de leurs communautés, afin de gagner des points de croissance, mais aussi se prémunir contre les risques de tensions internationales. 

Pas de doute. La non-intégration économique des pays du Maghreb leur fait perdre des points de croissance considérables. Un nouveau rapport du Fonds monétaire international (FMI) alerte sur ce manque à gagner et appelle les pays de la région à accélérer leur intégration.

«Une plus grande intégration au sein du Maghreb, parallèlement à des réformes structurelles plus larges, pourrait être une solution efficace pour relever le taux de croissance à moyen terme des pays concernés», souligne le rapport intitulé «L’intégration économique du Maghreb : une source de croissance inexploitée». 

D’après les projections du FMI, la croissance annuelle moyenne sur la période 2018–2023 est de 4,1% au Maroc, 1,6% en Algérie, 3,9% en Libye, 3,4% en Tunisie et 5,5% en Mauritanie«Ces taux de croissance pourraient être relevés en moyenne de 1 point de pourcentage si les pays du Maghreb s’ouvraient davantage, de 0,7 point s’ils renforçaient leur participation aux chaînes de valeur mondiales (CVM), de 0,6 point s’ils diversifiaient leur économie et de 0,2 point s’ils rehaussaient la qualité de leurs produits», indique l’institution de Bretton Woods.

Les rédacteurs du rapport estiment, par ailleurs, que ce vœu pieux d’intégration permettrait de réduire la pauvreté ainsi que les prix à la consommation, grâce notamment à la suppression ou la réduction des droits de douane sur les biens importés. 

En termes d’échanges commerciaux intramaghrébins, le FMI souligne que certains pays du Maghreb sont plus complémentaires entre eux qu’avec leurs principaux partenaires à l’exportation. «Ces échanges pourraient être intensifiés pour un large éventail de catégories de produits.

Le Maroc jouit d’un avantage comparatif important sur la Tunisie dans une vaste gamme de groupes de produits, tels que les services de transport, les denrées alimentaires, les métaux et les produits chimiques, sur l’Algérie pour les minéraux et sur la Libye pour les métaux. 

Cela laisse supposer que le Maroc pourrait potentiellement développer les exportations de ces produits vers chacun de ces pays. Dans le même temps, la Tunisie pourrait exporter davantage de minéraux vers l’Algérie, de légumes vers le Maroc et de bois vers la Mauritanie», détaille le rapport.

Cette complémentarité des échanges intramaghbérins laisse supposer, selon le FMI, que le Maroc est le pays le plus compétitif de la région et qu’il jouit d’un vaste potentiel pour augmenter ses exportations vers les autres pays du Maghreb, en plus de ses exportations actuelles vers le reste du monde. 

Il peut ainsi accroître ses exportations d’au moins 36 produits vers l’Algérie, de 22 vers la Tunisie, de 10 vers la Mauritanie et de 8 vers la Libye. Pour y parvenir, les équipes du FMI formulent plusieurs recommandations. 

«Pour récolter les fruits de la reprise mondiale et limiter les répercussions négatives des tensions commerciales internationales, les pays du Maghreb devraient collaborer sur le commerce dans la région et sur le système multilatéral plus vaste fondé sur des règles.

L’intégration au Maghreb des marchés des biens, des services, des capitaux et du travail au niveau institutionnel devrait aller de pair avec l’intégration de la population en investissant conjointement dans le capital humain et en reliant les personnes entre elles grâce aux infrastructures et aux initiatives citoyennes dans la région».

Ainsi, pour accentuer leur ouverture, les pays du Maghreb pourraient prendre des mesures supplémentaires de libéralisation des échanges et de l’investissement, à la fois unilatérales, régionales et multilatérales, ceci tout en mettant en place de nouvelles réformes de leurs régimes de politique commerciale. 

Parallèlement, l’institution financière internationale recommande aux pays maghrébins de voir plus grand. «Pour mettre à profit les négociations, les pays du Maghreb devraient privilégier un accord économique régional de grande ampleur. Dans l’idéal, cet accord engloberait tous les éléments déjà pris en considération dans l’Union du Maghreb arabe, par exemple la libéralisation des échanges de biens et services et la libre circulation des capitaux et de la main-d’œuvre, et couvrirait aussi de nouveaux aspects», souligne le rapport. 

Ces nouveaux éléments engloberaient donc des politiques de concurrence communes, un régime d’investissement et l’application des droits de propriété intellectuelle. «Une telle ampleur sur les plans vertical et horizontal placerait les pays du Maghreb en première ligne des tentatives de libéralisation en Afrique dans le contexte plus global de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA)».