Premier tour des élections du 1er septembre: Carton plein pour l’UPR et bonne figure pour l’Opposition

ven, 2018-09-14 17:58

C’est une élection aux allures de plébiscite autant pour le parti au pouvoir, l’UPR qui a raflé près de la moitié des sièges du futur Parlement à lui seul avec 67 sièges sur 157, que pour le parti dit des « islamistes », Tewassoul, qui restera la plus grande force de l’opposition avec (déjà) 14 sièges des 31 accaparés par les partis d’opposition. Malgré une virulente attaque, pendant la campagne électorale, de la part du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui les a qualifiés d’extrémistes et mis en garde contre leur élection, les islamistes n’ont pas tremblé et se maintiennent au haut du tableau.  

Un plébiscite également pour les partis de l’opposition radicale (RFD et FNDU s’entend) qui, non seulement retrouveront l’hémicycle après une absence de cinq ans en raison de leur boycott des municipales et législatives de 2013, mais verront certains de leurs leaders siéger au Parlement pour la première fois, tels Mohamed Ould Maouloud, Président de l’UFP et Président en exercice du FNDU, Yahya Ould Ahmed Waghef, président du parti ADIL et ancien Premier ministre du président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Mr Biram Dah Abeid, militant des droits de l’homme, fondateur de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), pour ne citer que ceux-là.

Mais aussi un premier tour mauvais souvenir pour certains ténors de la scène politique qui n’ont réussi à réussir ce formidable coup de s’assurer une place au soleil de l’Assemblée nationale, désormais unique chambre du Parlement, après la suppression, du Sénat en août 2017.

Des premiers enseignements, il faut retenir le taux de participation qui a atteint 73% au premier tour, sans doute parce qu’une épée de Damoclès planait sur la tête des partis qui n’obtiendrait pas un pourcentage de 1% aux municipales, faute de quoi ils seraient tout bonnement dissous. Une loi qui, si elle sera appliquée touchera pas moins d’une cinquantaine de formations politiques des 105 partis que compte notre échiquier politique national.

Un engouement pour les municipales qui pris le dessus sur les quatre autres scrutins (liste nationale mixte, liste nationale des femmes, conseils régionaux et députés).

Un scrutin à cinq bulletins électoraux qui a donné du fil à retordre autant à une CENI plutôt politique qui a changé de président à une quinzaine de jours du vote alors qu’elle organise les élections dans un délai fort réduit et en période d’hivernage, de fortes pluies empêchant l’accès de ses équipes à des localités dans au moins cinq régions du pays, sans compter les problèmes techniques.

Mais une quintuple élection qui a surtout donné du fil à retordre aux électeurs (1.417.823) qui se sont inscrits sur le fichier électoral à un mois du jour « J » du vote, avant d’affronter une liste kilométrique de candidats représentant 96 partis politiques et 16 coalitions de partis en lice répartis dans de 4.080 bureaux de vote pour 1552 listes électorales municipales, 160 listes régionales (conseillers régionaux), 540 listes pour les législatives, 97 listes nationales et 87 listes de femmes. D’où le nombre élevé de bulletins nuls atteignant près d’un demi-million sur 1.041.199 votants!

Un retard dans la finalisation des résultats était inévitable et l’attente a été, il est vrai, un peu longue, même si dans le passé, les résultats tombaient après une semaine de suspens voire plus.

Ces élections qui ont valeur de test, se sont déroulées dans le calme et la sérénité et ont été vite saluées par la mission d’observateurs de l’Union africaine (UA), la seule présente samedi 1er septembre, jour de vote. Mieux, elle a, pour sa part, estimé que les problèmes constatés ne remettraient pas en cause la « crédibilité » de ces élections. Les « imperfections constatées ne sont pas de nature à entacher leur crédibilité », a déclaré son chef, l’ancien Premier ministre tchadien Albert Pahimi Padacké, en présentant à la presse son rapport préliminaire.

Le président de la CENI, Mohamed Vall Ould Bellal a qualifié les élections législatives, municipales et régionales qui se sont déroulées dans le pays de « réussies », affirmant que le second tour sera organisé à la date prévue, c’est-à-dire le 15 septembre.

Il n’a pas manqué de se réjouir du climat dans lequel se sont déroulées ces élections, ce qui traduit a-t-il ajouté, la maturité politique et l’attachement à la démocratie du peuple mauritanien.

Mais la palme d’or des satisfécits est revenue au Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui a « félicité le Peuple Mauritanien pour la tenue pacifique des élections parlementaires, régionales et municipales le 1er septembre, qui ont vu une large participation des partis politiques dans le calme ».

Les difficiles Conseils Régionaux

Selon les résultats de ce premier tour,  l’UPR a remporté la présidence des conseils régionaux dans quatre régions (le Brakna, le Tagant, l’Inchiri et l’Adrar) sur les 13 que comptera le pays et parmi lesquels conseils régionaux il y a Nouakchott, la capitale administrative, Nouadhibou, la capitale économique et surtout Zouérate, où Cheikh Ould Baya, le plus fidèle parmi les fidèles du Président Aziz, est mis en difficulté par une coalition de l’opposition qui comprend Tewassoul, APP, AJDMR et les FLAM.

Et même si tout le monde s’attend à ce que l’APP de Messaoud Ould Boulkheir joue un mauvais tour à l’opposition à Zouérate exactement comme elle l’avait faite en 2007 à Ahmed Ould Daddah contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour de la présidentielle et en 2013 à l’opposition quand elle « vendait » la Communauté Urbaine de Nouakchott à l’UPR, force est de constater qu’à Nouakchott, où le candidat du FNDU et ex-président du parti Tewassoul, Jemil Mansour sera dur à cuir pour la très populaire et grande favorite Fatimetou Abdel Malick, candidate de l’UPR. Surtout que le RFD arrive en 3ème position, suivi du parti Sawab.

Dans la capitale économique où la Zone Franche est une attraction, rien que pour être une réalisation du Président Aziz, l’UPR jour gros, au deuxième tour car il a déjà perdu la mairie. Si en plus, il perd le Conseil régional, c’est un coup dur et le fait d’avoir préservé la ville de Chami, son autre création à Dakhlet-Nouadhibou, serait une maigre consolation.

Non moins importants sont également les régions du Hodh El Charghi et du Hodh El Gharbi, grands réservoirs électoraux, où un deuxième tour est confirmé entre l’UPR et Tawassoul.

Dans la Vallée du fleuve, notamment au Gorgol et au Guidimakha, c’est l’UDP qui part au deuxième tour avec l’UPR.

Dans les régions du Trarza, de Dakhlet-Nouadhibou et du Tiris-Zemmour, le deuxième tour se jouera entre l’UPR et la coalition Tewassoul-AJDMR.

Les femmes reculent au parlement

La représentation des femmes au prochain parlement risque d’être en deçà des attentes, si l’on se fie aux résultats officiels du 1er tour des dernières élections. En effet, cette représentativité des femmes passera de 22,4% à 19%, soit 3,4%, apprend-on. Un recul dû principalement à la politique prônée par les partis dans le choix de leurs candidats pour les listes nationales mixtes d’une part et pour les circonscriptions électorales soumises à la règle de la majorité d’autre part.

Des élections qui ont été marquées par des coalitions sans précédent, véritable rouleau compresseur dont les islamistes ont été le catalyseur par des ententes inattendues, notamment avec des partis d'opposition tels l'AJD-MR et les FLAM, qualifiés par certains d'extrémistes que les islamistes de Tewassoul n'ont pas hésité à embrasser pour croiser le fer avec le Parti au Pouvoir dans ses villes importantes telle Zouérate, la capitale du Tiris-Zemmour. Mais la véritable alliance restera celle de la Coalition Electorale de l'Opposition Démocratique, réunissant les dix partis du FNDU (opposition radicale), le RFD d'Ahmed Ould Daddah, et quatre autres petits partis, dont Assawab (parti aux orientations baassistes qui a récemment fait alliance avec l'aile politique de l'ONG anti-esclavagiste IRA).

Voilà pourquoi, l'UPR a été gêné presque partout, sans oublier les mécontents du parti du Président de la République qui se sont " payés " des partis pour se porter candidats et grignoter quelques des voix chez le « grand frère ».

Déjà dans le second tour

Et même si, au lendemain de l'annonce des résultats de ce premier tour des élections régionales, législatives et municipales du 1er septembre, l'Opposition s'est empressée de dénoncer, dimanche soir à Nouakchott, une "mascarade électorale", ayant permis à l'administration, dira Ahmed Ould Daddah, président du RFD de "falsifier les élections" grâce à l'incompétence de la Céni et la faiblesse de ses structures, force est de constater que, dans l'ensemble, et malgré des difficultés indéniable, les élections ont été réussies aussi bien par la Céni, l'administration que par l'opposition qui a tiré son épingle du jeu avec une trentaine d'élus au premier tour.

L'UPR, parti au pouvoir, peut être satisfait du score de 67 sièges (sur 157), qu'il a réalisé au premier tour mais qu'il sache que la future assemblée lui sera une chaudière, que le paysage politique qui s'en dégage déjà, n'aura rien à voir avec celui qui prévalait depuis cinq ans et, plus près, que le second tour des élections sera encore plus difficile à remporter, l'opposition radicale (Tawassoul, FNDU, RFD, IRA-Sawab) lançant un mot d'ordre, " tout sauf l'UPR ", afin de " voter pour n'importe quel parti engagé dans un deuxième tour contre l'UPR ".

Dans une conférence de presse, tenu ce lundi 10 septembre de l'après-publication des résultats officiels du premier tour samedi dernier, Diallo Mamadou Bathié, ministre de la défense et adjoint du directeur de campagne de l'UPR, a affirmé que " les résultats auxquels ils sont parvenus sont le fruit du processus de remise en cause, de redynamisation du parti et sa réimplantation " et qu'ils sont d'autant plus importants quand on mesure la portée de l'adversité et les difficultés rencontrées au cours de l'accomplissement de la tâche.

En attendant ce deuxième tour prévu le 15 septembre, il ne faut pas garder à l’esprit que les élections sont en passe d’offrir au pays une assemblée on ne peut plus colorée, avec une opposition radicale, une autre opposition dialoguiste, un parti au pouvoir majoritaire. Une assemblée qui est l'expression d'un paysage politique national représentatif des Mauritaniens. Une vraie Assemblée nationale !

MOHAMED OULD KHATTATT

Mohamed_ould_khattatt@hotmail.fr