Les mots simples du Président Aziz: « Qui veut de moi, vote UPR »

mer, 2018-08-29 19:28

Le Président Aziz en a décidé ainsi : l'UPR est un parti qu'il a créé et il n'entend pas le voir disparaitre après son départ du pouvoir, comme ont disparu ou sont devenus l'ombre d'eux-mêmes, le PPM, les SEM, le PRDS, et autres ADIL restés coquille vide.

Non, le Président Aziz apprend du passé, utilise l'expérience des autres et n'a pas l'intention de prendre une retraite politique que les autres avant lui, n'ont pas souhaité prendre. Bien au contraire, il reste -même s'il quitte le Palais présidentiel- au plus près de l'œuvre qu'il a réalisée depuis qu'il a renversé Ould Taya et Ould Cheikh Abdallahi. Il restera avec son parti, l'UPR, avec son emprise et son poids sur l'échiquier national.

Pour ce faire, il a pris le temps de restructurer " son " UPR, lancé sa campagne d'adhésion. Il est vrai que l'excès de zèle de ses hommes de mains qui l'ont " gratifié " de plus d'un million d'adhérents à la veille d'une quintuple élection, l'ont quand même piégé. Mais, ce n'est pas un petit million d'adhérents insaisissables qui freinera le Président Aziz, pas plus que les sénateurs frondeurs ! Où sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Même pas peur ! Que la campagne commence ! Le Président-militant Aziz veillera personnellement à ce que l'UPR soit et reste le plus grand parti politique en Mauritanie, pour s'adjuger le max des conseils régionaux, des mairies, des députés, des listes nationales et des listes des femmes.

La donne est simple : Une semaine à Nouadhibou d'abord, pour affaiblir les partis prolétariens (APP, UFP) très implantés avec le RFD et les islamistes de Tewassoul. Surtout que, des mécontents, il y en a, parmi ces formations politiques qui en ont bien fait au sortir des choix de leurs candidats. Surtout que certaines responsabilités de la Wilaya, telle la mairie, peuvent être confiées à un allié de poids, candidat sous une autre bannière, l'essentiel étant de préserver la Zone Franche et la ville de Chami, deux symboles, purs produits de l'ère Aziz.  Ensuite, aller au secours de l'UPR là où nul ne peut valablement gagner sans s'y rendre : le Hodh Ech-Charghi, réservoir électoral national. Le Président Aziz s'est naturellement rendu à Néma et dans une ville qu'il a créée de toutes pièces, à savoir Nbeiket Lahouach, avant de poser pied dans la capitale de l'Assaba, Kiffa, deuxième plus grande agglomération du pays. Ici et là, les mots du Président Aziz ont été simples pour exprimer les maux de l'UPR : qui veut de moi, vote UPR. Même ceux qui s'étaient arrangés pour se faire porter candidats chez des partis " cousins " de l'UPR, ont été obligés d'abandonner leur ambition pour se lancer des initiatives de soutiens aux candidats de l'UPR ! Plus soluble dans l'air que moi, tu meurs !

L'acte trois est encore plus significatif voire cinglant : le Président de la République s'offre un luxe : il ouvre lui-même la campagne de " son " parti, l'UPR. Comme pour faire passer les amendements constitutionnels d‘août 2017, il prend lui-ême les choses en mains, mène campagne et relègue au second rôle le Président du parti et ses cadres pour lesquels il confie la tâche de ne surtout pas lever le petit doigt sans son consentement.

L’enjeu est majeur pour le Président Aziz et il en va de son avenir. Or, çà, c’est une autre affaire qui ne peut être confiée aux valets et autres soitdisant amis, quitte à créer la controverse. D’ailleurs que pourra l'opposition sinon de crier au scandale et elle en a l’habitude sans rien changer.

Surtout que dans l'esprit simpliste des " Upérois " (ils ne sont pas rien pour être " Upériens "), le Président Aziz est un militant, premier adhérent au parti, lors de la dernière campagne d'adhésion et c'est en cette qualité qu'il agit. Pas en Président de la République pour fausser la donne et bafouer la Constitution, mais en bon militant. Pour l'opposition, c'est de la provoc et c’est tout simplement anti-constitutionnel !

Certes, les discours d’Aioun et de Néma, les apparitions en guest-star des cérémonies de l'UPR, et même l'interpellation de Birame pour un motif qui n'a rien à voir avec la politique bien qu'intervenant dans un contexte d'élections électorales où il est candidats, sont perçus par les adversaires politiques y compris dans les rangs de la Majorité comme " désobligeants " et décourageants. Mais qu'à cela ne tienne, la réussite de l'UPR prime sur les protocoles et les états d'âmes n'existent pas en politique. Crier sur les toits que le président de la République utilise le pouvoir de l'état qui appartient à tous et les moyens de l'état qui sont une propriété collective pour faire campagne pour un parti déterminé, est une perte de temps à laquelle peuvent s'adonner ceux qui n'espèrent rien attendre des élections.

Une polémique que le vice-président de l'UFP, Lo Gourmo Abdoul justifie pourtant : " Il est dans l'esprit de notre régime politique présidentialiste que le Chef de l'Etat monte au créneau pour sauver sa " majorité " parlementaire ou pour en acquérir une, lors d'élections parlementaires. Le Président Ould Abdel Aziz est donc dans son droit le plus absolu de battre campagne pour tenter désespéramment de sauver l'UPR de la noyade et de le tirer sur la rive. "

Rassurez-vous, Lo Gourmo n'a pas manqué de faire ressortir le revers de la médaille en affirmant que le droit interdit au Président Aziz, par la même occasion " d'utiliser pour ce faire, les moyens de l'Etat : avions militaires, argent, cadres supérieurs de l'Administration publique, walis et hakems etc... " et que " cette utilisation abusive est une fraude électorale puisqu'elle met l'Etat entre les mains d'un parti pour obtenir des résultats électoraux favorables. "

Pendant, ce temps, arrive l'acte quatre, encore plus fort : une série de visites dans des capitales régionales qu'il entame ce vendredi avec la capitale du Trarza, Rosso, comme première étape.

Partout où il passe, le Président Aziz sort son artillerie et mate : Il faut impérativement resserrer les rangs de l'UPR et soutenir ses candidats afin d'obtenir une majorité confortable soutenant nos orientations et qui permettra d'adopter les lois s'y rapportant. Il faut absolument éviter de personnaliser le vote et car le non-respect des choix du parti et le soutien aux partis ayant des agendas personnels dépendants de l'étranger est de nature à détruite tout ce qui a été déjà réalisé en matière de développement du pays.

Une allusion faite à la mini tournée en Europe, du président de l'Union des Forces Progrès (UFP), Mohamed Ould Maouloud, tête de liste de son parti aux élections législative, parti à la rencontre la diaspora mauritanienne établie à Paris.

En bouclant cette dernière tournée, il ne restera pour le Président Aziz qu'aller voter et attendre en étant rassuré sur ce raz-de-marée de son parti l'UPR qu'il affectionne tant. La désillusion n'est pas dans le vocabulaire de Ould Abdel Aziz qui entamera dès le lendemain, 02 septembre, une visite en Chine pour une semaine. Loin des bruits et des critiques des perdants, le pays étant confié, après son départ à la Grande Muette, celle-là qui ne pipera mot et veillera au calme et à la stabilité. Une semaine à Pékin et dans deux autres villes chinoises que le Président Aziz s'offre en attendant que les larmes de déceptions et les amers regrets se dissipent. Un second tour sera alors organisé pour ceux, restés dans les starting blocks. Des émiettes sans doutes.

Mohamed Ould Khattatt

Mohamed_ould_khattatt@hotmail.fr