Mohammed VI, un roi «réformateur»

mer, 31/03/2021 - 18:55

Dès son intronisation en 1999, suite au décès de son père, le Roi Mohammed VI s'est montré autant sensible au pauvre et à l’orphelin (il a été appelé "roi citoyen", "roi des pauvres"), que déterminé, étant moderniste et démocrate, à batir un Etat fort, engageant d'emblée une politique de modernisation de l’administration, basée sur un processus de décentralisation ; un rééquilibrage des pouvoirs constitutionnels au profit du pouvoir exécutif ; un mouvement de déconcentration ; une nouvelle gouvernance financière ; l’usager au centre de l’action administrative.

Le mouvement de modernisation de l’Etat et la marche vers cette réforme globale de l’administration territoriale qui soit basée sur les principes de la bonne gouvernance et le renforcement de la politique de l’administration de proximité, seront longs, quand on sait que cette volonté de tendre vers plus de décentralisation va se manifester dès 1972 avec la création de nouvelles catégories de collectivités territoriales, puis en 1996 avec la création de la collectivité « régionale ».

Une nouvelle impulsion à la décentralisation sera donnée par Sa Majesté avec la promulgation en 2002 d'une loi relative à l’organisation des collectivités préfectorales et provinciales et l'attribution d’une clause générale de compétences au profit du conseil provincial et du conseil communal. 

Cette réforme de l’administration du point de vue du processus de décentralisation sera un facteur d’apprentissage de la vie politique dans une dimension locale, permettant aux citoyens d’être associés à la conduite des affaires locales à travers diverses associations et du coup, de participer à dynamiser la démocratie.

Au cours de ces vingt dernières années, SM le Roi Mohammed VI, qui est un roi «réformateur» désireux d'approfondir l’idée de la construction d’une « monarchie exécutive et citoyenne » qui place la « question sociale » au centre de ses préoccupations n'a cessé d'instruire les différents gouvernements à faire de la modernisation de l’Etat marocain, et plus particulièrement de son administration, une réalité qui se matérialise par une marche tant vers la déconcentration que vers la décentralisation et où la place de l’usager dans ses rapports avec le service public bénéficie d’une attention particulière.

Et comme la notion de modernisation de l’administration fait l’objet dans différents pays d’une actualité régulière, les différents gouvernements qui se sont succédés depuis une vingtaine d'années, ont été amenés à travailler à la réalisation de cet ambitieux projet.

En 2009, lors du Conseil de gouvernement à Rabat sous la présidence du Premier ministre Abbas El Fassi, un exposé a porté sur la stratégie de modernisation de l'administration marocaine.

De véritables chantiers marqués par la lutte contre la corruption, l'instauration des règles de bonne gouvernance et bien d'autres projets et réformes majeures, pour lesquels les différents gouvernements qui ont été constitués, islamistes soient-ils ou pas, ont déployé des efforts louables et considérables, du Premier ministre Abbas El Fassi à l'actuel Chef du gouvernement, Saad Dine El Otmani.

Pourtant, à l'occasion du vingtième anniversaire de son accession au trône, le Roi Mohammed VI revient à la charge en affirmant que « les dernières années ont révélé l’incapacité de notre modèle de développement à satisfaire les besoins croissants d’une partie de nos citoyens, à réduire les inégalités sociales et les disparités spatiales. »

C'est dire que l’élan réformateur du programme du Roi Mohammed VI dépolitise, à lui seul l’action publique du gouvernement lequel reste dans son rôle de simple gestionnaire.

Le hic est que Saad Dine El Otmani, le Chef du gouvernement actuel, semble vouloir tout capitaliser pour lui-même.
AB