Attentats de Barcelone et de Finlande : Pourquoi stigmatiser le Maroc ?

dim, 2017-08-27 20:05

Il est vrai qu’en réaction au 11 septembre 2001, les organisations terroristes semblent avoir frappé partout depuis 15 ans, même si le terrorisme de masse imposé aujourd’hui, par l’Etat Islamique de Daech, aux pays européens pour contrer les défaites subies en Irak où l’organisation terroriste a été chassée de Mossoul et de Syrie, où elle a perdu le site de Raqqa, se caractérise par différentes stratégies de combat : des camion-bélier ou véhicules de la mort qui fauchent des vies à tour de volant, des attaques au couteau et à la hache, des kamikazes prêts à se faire exploser, etc.

Cette recrudescence de la violence terroriste, réalisée par de jeunes éléments terroristes européens bien que d’origine maghrébine (tantôt marocains, tantôt algériens, tunisiens, libyens), a connu différents schémas opérationnels : elle peut être une menace directe, organisée, à l’instar des attentats des Paris et Bruxelles ; ou une menace téléguidée qui est le fait de djihadistes présents sur le théâtre des opérations qui communiquent avec des sympathisants via les réseaux sociaux et les messageries chiffrées. Enfin, elle peut s’avérer une menace inspirée par la propagande de ces groupes, les assaillants utilisant généralement des moyens rudimentaires (arme blanche, véhicules…) dont l’issue est aléatoire mais qui peuvent s’avérer aussi meurtriers que des bombes ou des armes de guerre (Attentat de Nice le 14 juillet 2016).

Quoi qu’il en soit, une réalité reste indéniable : Si 2015 aura été une année noire pour le terrorisme marquée notamment par les attentats de Charlie hebdo et de ceux de Paris, que 2016 aura été tout aussi tragique, 2017 n’en finit pas de rappeler que cette vague terroriste reste incontrôlée et que la composante immigration est, désormais, déterminante dans le terrorisme qui affecte les pays européens.

A la lumière des attentats récemment perpétrés à Barcelone et en Finlande et dont l’enquête a mis au jour une filière terroriste marocaine d’une douzaine de personnes, le Royaume chérifien s’est vu devenir aujourd’hui la principale «chair à canon» des attentats terroristes dans l’Union européenne, alors que les services marocains font preuve d’une très grande efficacité sur le territoire de leur pays. Certes, il y a eu des attentats à Marrakech et Casablanca, «mais les réseaux djihadistes ont du mal à s’implanter au Maroc même en raison du quadrillage policier».

En novembre 2015, le président français, François Hollande remerciait le Roi du Maroc, Mohammed VI pour « l’assistance efficace » apportée par le Maroc après les attentats de Paris, et les deux dirigeants ont marqué « la détermination partagée de la France et du Maroc à mener ensemble le combat contre le terrorisme et la radicalisation, et à oeuvrer à la résolution des crises régionales et internationales ».

C’était en effet Rabat qui avait permis aux services antiterroristes parisiens de se mettre sur la piste d’Abaaoud sur le territoire français et contribué à déclencher l’opération à Saint-Denis. C’était aussi le royaume chérifien qui aurait orienté les enquêteurs français sur la piste belge.

Cette coopération excellente qui existe, en matière de lutte antiterroriste, entre le Maroc, la France et toute l’Europe a permis la mise en échec de plusieurs projets d’attaques terroristes planifiés par «Daech».

Pourtant, certains médias tiennent à mettre en avant les origines et la nationalité marocaines des mis en cause des attentats de Barcelone et de Finlande, plutôt que de souligner une dérive extrémiste dont sont coupables, avant tout, des immigrés en rupture de ban avec les sociétés d’accueil.

Pourquoi tant de mépris pour taxer le Maroc d’«exportateur de terrorisme», quand on sait que ces jeunes terroristes européens, dont le seul lien avec les pays du Maghreb est l’origine de leurs parents ou de leurs arrière-parents, sont, en vérité, en mal d’intégration, en proie à une crise identitaire, et qu’ils se sont radicalisés soit dans les prisons, soit dans les mosquées et dans des salles de prière non autorisées, ou encore au contact avec des courtiers de l’internationale «jihadiste», rencontrés sur le net et sur les réseaux sociaux?

Doit-on oublier que ces jeunes musulmans européens, confrontés généralement à la problématique de l’échec scolaire et réduits au chômage, ont viré vers la criminalité et la délinquance et que nombre d’entre eux ont été pris en main et endoctrinés par des idéologues de l’islamisme radical (Frères Musulmans, Parti de Libération Islamique, Jamaat Al Adl Oual Ihsane) ?

Faut-il rappeler qu’entre 2013 et 2016, l’Europe a été le théâtre de 64 projets d’attentats, 24 attentats et 6 tentatives en lien avec le contexte syro-irakien, un bilan très supérieur à celui observé dans d’autres pays occidentaux comme les Etats-Unis, l’Australie ou le Canada. Ces actions visaient plusieurs pays européens, la France, la Belgique, l’Allemagne, le Royaume-Uni, mais également la Suède, le Danemark, l’Espagne, l’Italie et l’Autriche. Frapper l’Europe est devenu une priorité pour l’Etat Islamique essentiellement pour trois raisons: la participation de plusieurs pays européens à la coalition militaire internationale contre ce groupe, la présence d’un très grand nombre de djihadistes européens sur le théâtre des opérations syro-irakien, et enfin la proximité de l’Europe avec le théâtre des opérations terroristes en Syrie et en Irak.

Pourquoi vouloir faire croire qu’il existe au Maroc une prédisposition génétique à la violence, alors que la radicalisation des terroristes dans leurs pays d’accueil se nourrit de l’échec des politiques d'intégration couplé aux problèmes identitaires, aux frustrations socio-économiques, au sentiment de rejet, des facteurs qui rendent le radicalisme islamiste plus attrayant ?

Tout un chacun sait que le Maroc ne saurait être responsable des forfaits de ses ressortissants ayant grandi en Espagne. D’abord parce que ce sont des Européens de situation parce qu’ils sont des produits de la société dans laquelle ils vivent.