Sommet extraordinaire du G5 Sahel de Bamako: L’urgence d’une force conjointe opérationnelle

dim, 2017-02-12 20:39

Tenu lundi dernier à Bamako sous le thème : «La situation sécuritaire au Mali et son impact dans le Sahel», le sommet extraordinaire du Groupe des 5 pays du Sahel (G5 Sahel, créé en 2014 à Nouakchott) qui intervient après l’attentat à la voiture piégée perpétré contre un camp au Mali, le 18 janvier et le meurtre de quatre autres militaires, tués dans l’attaque d’un check point à Ménaka, le 4 février 2017 par des hommes lourdement armés non identifiés, s’inscrit dans l’esprit du G5 d’apporter sa solidarité à l’un de ses membres, à travers l’examen des voies et moyens pratiques de sortie définitive de cette crise qui le secoue.

Non seulement la menace en valait l’urgence (c’est cette hausse significative d’attaques terroristes qui est à l’origine de la convocation de ce sommet extraordinaire), mais la tenue de ce sommet, le troisième du genre après ceux de février et de décembre 2014 à Nouakchott et celui ordinaire à N’Djamena, le 20 novembre 2015, se doit d’insuffler une dynamique pour la stabilité de la Sous-région. Car, comme on le sait, on ne peut pas combattre les maux du continent, rien qu’avec des mots et pour ce faire, il faut aller au-delà des rencontres au sommet, en traduisant en actes concrets certaines résolutions.

C’est donc conscient de l’ampleur des dangers et des défis avec cette recrudescence du terrorisme dans la bande sahélo-sahalienne que les cinq Chefs d’Etat du G5, Ibrahim Boubacar Kéïta du Mali, Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie, Idriss Deby Itno du Tchad, Marc Rock Christian Kaboré du Burkina Faso et Mahamadou Issoufou du Niger, se sont réunis ce lundi 6 février 2017 à Bamako, aux côtés d’une centaine de personnalités et d’institutions régionales participant à ce sommet, pour aborder la situation sécuritaire au Mali et son impact dans le Sahel, mais aussi la lutte contre le terrorisme de façon générale, le grand banditisme et la criminalité transfrontalière, le but étant de mutualiser les efforts et les renseignements dans la lutte contre ces fléaux.

Ainsi, le Sommet se déroulera en deux phases dont les travaux  de la deuxième Réunion annuelle des Ministres en charge de la Défense et de la Sécurité, élargie aux Ministres en charge des Affaires étrangères du G5 Sahel le 5 février 2017, puis la Conférence des Chefs d’Etat le 6 février 2017.

C’est dire que le principal enjeu de ce sommet était la mise en place d’une force conjointe au niveau du G5 sahel qui sera en complément avec la Minusma au niveau du Mali et la force française Barkhane dans la zone sahélienne. Car, pour une lutte efficace contre le terrorisme, les pays du G5 doivent constituer une seule armée contre l’ennemi. En d’autres termes, les cinq pays membres du G5 vont fournir des troupes pour lutter contre le terrorisme dans la région surtout que ce sont les mêmes groupes terroristes qui opèrent dans les pays sahéliens. D’où l’impérieuse nécessité et l’urgence pour ces Etats du Sahel de mutualiser leurs efforts et énergies pour répondre aux défis de la sécurité et du développement.

Sur ce point, le président tchadien, président en exercice sortant du G5 Sahel, Idriss Déby, a demandé aux pays européens d’aider les pays membres du G5 à s’équiper pour lutter contre le terrorisme. «Ça permettra d’avoir moins de victimes parmi les forces non africaines dans le nord du Mali» assure-t-il.

Pour sa part, le président mauritanien montera au créneau devant la presse, pour dire qu’il faut à côté de la riposte militaire contre les terroristes, lutter contre la pauvreté.

Appréciant à sa juste valeur le volume des dangers et défis, le Président Aziz soulignera que le G5 Sahel est prêt à travailler avec ses partenaires de l’Union Africaine et des Nations Unies ainsi que de la communauté internationale, insistant sur son engagement à s’en tenir au processus de partenariat pour assurer la sécurité et réaliser le développement.

Il est vrai que depuis sa création, en 2014 à Nouakchott, le G5 Sahel a organisé des réunions sectorielles sur la sécurité, la radicalisation, la jeunesse et la promotion de la femme et des rencontres de haut niveau avec le Système des Nations unies, l’Union européenne, l’Union Africaine et certains partenaires. L’organisation s’est entretemps dotée d’une Stratégie pour le développement et la sécurité et d’un Programme d’investissements prioritaires, qui fera l’objet d’une table ronde de mobilisation des ressources. Dans la perspective de mettre en place une dynamique de solidarité à profit, et conscients des enjeux communs, les dirigeants des Etats de cette organisation ont décidé d’engager un processus d’identification et de mise en œuvre des actions requises pour relever les grands défis qui se posent à la région. Elles sont au nombre de sept. Il s’agit du renforcement de la paix et de la sécurité, du développement dans les zones à faible densité humaine, de sécurité alimentaire et le pastoralisme, du développement des infrastructures (transport, énergie, hydraulique, télécommunications), des changements climatiques et gestion de l’eau, de la prise en compte du défi démographique et des questions de santé, et enfin de l’effectivité de la présence de l’Etat avec le renforcement de la décentralisation.

MOK

 

Résolution N° 00-01/2017 relative à la creation d’une force conjointe du G5 Sahel

Les Chefs d’Etats du G5 Sahel :

– Conscients de la situation sécuritaire préoccupante dans la région du  Sahel ;

– Convaincus que la lutte contre le terrorisme ne peut être efficace que  dans une approche globale concertée et coordonnée ;

Décident de ce qui suit :

La mise en place immédiate de la Force Conjointe du G5 Sahel,  conformément à l’option I, à court terme, et l’option II, à moyen et long  terme, en prenant en compte les facteurs suivants :

- un mandat clair de l’Union Africaine et de l’Organisation des Nations  Unies ;

 - le financement soutenu de la force conjointe ;

 - des règles d’engagements clairs en vue de combattre le terrorisme, le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

Ladite Force Conjointe aura pour mandat de lutter contre le terrorisme et le crime transnational organisé.

Bamako, le 06/02/2017

Le Sommet