Mauritanie: Coronavirus : Bas Les Masques

sam, 2020-04-11 19:16

Apocalyptique, cette image du monde sous cloche que nous vivons depuis plusieurs semaines. Un Président des Etats- Unis, assez inquiet même après un test négatif. New York, la ville qui ne dort jamais, est plongée dans un profond sommeil. Un Premier Ministre Britannique, hospitalisé en soins intensifs, une Chancelière Allemande, mise en quarantaine. Des gouvernements d’Italie, d’Espagne et de France totalement désemparés par l’ampleur de la pandémie virale.

Face au désastre et à l’impuissance mondiale, chaque pays compte ses morts. Chaque jour, la moindre tendance baissière des décès devient une réjouissance qui illumine un brin d’espoir.

Dans cette nouvelle ère désolée qui commence pour l’Humanité entière, chacun y va de son chemin : du demi-expert à l’apprenti sorcier. La thèse complotiste ressurgit. On sait que chaque crise ou turbulence majeure génère, instantanément, ses propres interprétations ou grilles de lecture de nature conspirationniste. Souvent chère à notre environnement arabe, celle-ci gagne, aujourd’hui, l’Occident. Un dernier sondage de l’IFOP français indique qu’un Français sur quatre pense que le SARS-Cov-2 (l’agent pathogène du Covid-19) est apparu de manière intentionnelle d’un laboratoire pharmaceutique par des chimistes qui jouent aux apprentis sorciers. Sur l’origine du virus, on se souvient des passes d’armes verbales entre Américains et Chinois sur l’origine du virus, chaque gouvernement accusant l’autre d’avoir une responsabilité dans la création ou la propagation du Covid-19.

Dans cette chronique d’une fin de monde annoncée, la course au précieux remède est lancée. Chaque jour nous fournit son lot de vraies fausses annonces. Des recettes de grand-mère au traitement très polémique à l’hydroxychloroquine du sérieux Professeur français Didier Raoult. Dans cette panique généralisée, on est obligé de croire à tout, quand il n’existe actuellement aucun vaccin contre la maladie. Alors, tout le monde cafouille et se replie sur soi. Il ne reste que les mesures barrières pour réduire le risque de contamination, et encore. C’est, laisser ses mains trempées dans le savon à l’infini, aller éternuer ou tousser sur les sommets de l’Himalaya, se couvrir d’un masque, n’approcher personne, se cloitrer dans son coin, retenir son souffle jusqu’à l’asphyxie, peut -être. Sinon, rester chez soi, rester chez soi, rester chez soi. Jusqu’à quand ? On ne sait pas. On se croirait dans le film « Le Seigneur des Anneaux » quand Bilbon dit à Frodon : « Il est fort dangereux de sortir de chez soi, on prend la route et si on ne regarde pas où l’on met les pieds on ne sait pas jusque où cela peut nous mener ».

Dans cette tourmente planétaire, une peste émotionnelle, une peur hystérique, une panique qui tout à la fois dissimule les carences de traitement, perpétue le mal et affole le médecin et le patient. Les chercheurs ne savent pas encore comment expliquer cette dégradation brutale de l’état de santé de certains malades : l’hypothèse actuellement étudiée est celle d’un “orage de cytokines” : des molécules produites naturellement par le système immunitaire de notre organisme. Dans le cas du Covid 19, des cytokines sont produites pour lutter contre le virus et pour des raisons jusqu’ici inconnues, la production de cytokines peut s’emballer et provoquer une “tempête hyper-inflammatoire” détruisant les tissus. Cette réaction immunitaire excessive est potentiellement mortelle. Mais tout cela n’est qu’hypothèse disent les scientifiques et la recherche progresse. Autrement dit, ils n’ont encore rien trouvé. Du coup, les égoïsmes apparaissent chez les plus puissants du monde, des livraisons de masques détournées, chacun tire la couverture à lui. Bas les masques, adieu la solidarité internationale.

Les indicateurs clignotent dans tous les sens. Dans les pays les plus touchés, et pas les moindres, les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’Espagne, la France, l’Italie, l’attente de l’inévitable pic nourrit à la fois le sentiment effroyable d’une hécatombe et l’espoir de voir la courbe redescendre. Mais jusqu’ici, On ne sait plus quel exemple suivre. Au moment, où on met en avant celui de la Corée du Sud, on constate que le nombre d’infections est de 10 384 cas pour 6 776 cas de guérison, avec le meilleur taux de test au monde. Mais, si l’on considère la Chine, où les tests ne sont pas systématiques, on constate que le taux de guérison est de 94% pour 81 802 infections et 77 279 guérisons. Alors ? En clair, c’est le degré d’immunité des personnes atteintes qui peut assurer la survie.

L’heure est aux questionnements, économistes, sociologues, historiens, philosophes nous inondent chaque jour de « réflexions » sur l’échec des modèles politiques et économiques. Mais, on sait que pour le moment cela ne nous sortira pas d’affaire.

Et la Mauritanie dans tout cela ? Alhamdoulillah, on n’a pas à se plaindre, vu ce qui se passe ailleurs. Le premier cas déclaré, le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh Ghazouan, quoique l’air grave, a su opposer à la panique, sérénité et sang-froid, éléments essentiels pour un chef de guerre qui veut gagner la bataille. Mise en place d’une équipe gouvernementale qui compte nos meilleurs spécialistes : un Premier Ministre, Centralien ; un ministre des Affaires, diplomate chevronné ; un ministre de la Défense, officier général brillant; un Ministre de la Santé, référence internationale en épidémiologie ; un Ministre de l’Intérieur, Oscar en 2008 de l’Excellence et du Leadership en Afrique ; un Ministre des Transports, économiste compétent ; un ministre de la Culture, meilleur biologiste du pays. Après une large concertation avec les députés, la classe politique, les syndicats, les Oulémas, le Président de la République a créé le consensus autour de lui. Sans démagogie, il a su expliquer et organiser les choses. Mesures sécuritaires de bouclage du pays pour contenir la pandémie, respect strict des dispositions constitutionnelles pour gouverner en ce contexte exceptionnel, plan économique et social pour atténuer l’effet de la crise et volontarisme engagé au sein de la population.

Bref, le déploiement des moyens dont nous disposons, pour le reste, on doit compter sur la baraka de notre Président et de son Premier Ministre. De toute façon, avec ou sans les masques, « Rien ne nous atteindra, en dehors de ce qu’Allah a prescrit pour nous. Il est notre Protecteur. C’est en Allah que les croyants doivent mettre leur confiance » (Al Tawbah-Sourate 51).

Mohamed Ould Khayar, journaliste